09/07/2006

Bobonne

Ma grand-mère décédera pendant ces sombres années de galère ! Elle n’avait jamais fait de différence entre ses trois petits-enfants et cela même si elle m’avait élevé pendant presque cinq années. Tout au long de sa vie nous étions vraiment ce qu’il y avait de plus précieux pour elle.

 

De santé fragile, comme pas mal d’autres personnes de son âge qui comme elle, avaient passé deux guerres, travaillé durement depuis tout jeune. Elle soufrait de quelque chose que je ne sais pas nommer, le fait que les vaisseaux sanguins aillent les parois fort fragiles. Ce qui provoquait un hématome au moindre choc.

 

Cela faisait déjà plusieurs années qu’elle vivait seule, mon grand-père étant mort d’un cancer de la gorge. Elle ne s’est jamais remise de la mort de mon frère. Je me souviens, lorsque je rentrais chez elle de l’entendre pleurer presque silencieusement. La voir s’essuyer les yeux à mon entrée dans sa cuisine. Je n’oublierais jamais ces instants de pure désolation, elle reprenait son souffle pour me saluer, pour aussi ne pas me montrer sa douleur. Comme si au travers de son apparence, de sa volonté, elle m’insufflait de la force pour mon avenir. Comme si elle me disait sans un mot « bat-toi pour exister »

 

Et moi, je ne trouvais pas les mots que j’aurais voulu lui dire pour la consoler, pour l’aider à surmonter sa peine. Je restais ainsi de long moment près d’elle, en parlant juste de tout et de rien, histoire de faire passer le temps et de la faire sourire un petit peu !

 

C’est à cette période que ma marraine, cette femme qui se complaint dans les lamentations et à qui il faut toujours quelqu’un pour l’aider. Lui demande de venir faire son ménage ! Un style de mentalité que je n’accepterais jamais, celle de se plaindre pour se faire aider. Ma grand-mère qui en a toujours eu peur (c’est sa fille aînée) y va ! Elle qui aurait bien besoin que se soit ses filles qui lui viennent en aide, la voilà de nouveau en pleine activité. Cela lui prend les maigres forces qu’elle à encore à son âge.

 

C’est comme cela qu’un jour matin, elle fera une hémorragie cérébrale, en se préparant pour aller faire le ménage d’une femme qui vie seule et qui pouvait le faire sans problème son ménage !

 

Elle sera conduite inconsciente à l’hôpital ! Pendant cinq jours, elle sera entre la vie et la mort ! Je n’arrive pas à imaginer cela et je prie pour elle, j’en dors très peu tant je pense à elle. Je pense qu’il faut qu’elle guérisse ! Je vais tous les jours la voir et le cinquième jour. J’arrive près d’elle, lorsqu’elle ouvre les yeux et me voit ! Il y a comme une lueur dans son regard, presque un sourire sur son visage ! Elle bouge un peu sa main gauche, je tends la mienne, lui prend la main et elle me la serre. Elle me tient la main, murmure mon prénom et d’autres mots, comme si elle voulait dire « c’est bien tu es là maintenant, je peux y aller»

 

Et elle referme ses yeux, Et jamais plus ils ne se rouvriront. Elle est morte ainsi, en étant la dernière personne qu’elle aille vue, comme si elle m’attendait pour s’en aller ! Celle qui avait tant compté pour moi n’est plus. Je ne sais pas lui lâcher la main, comme si j’avais encore l’espoir de la voir revivre. Sa sœur jumelle est là dans la chambre, elle vient près de nous et lui touche la tête, l’appelle mais il n’y a plus rien, juste un filet de sang qui se remet à couler dans le baxter placé dans une de ses narines ! C’est fini !

 

Ma Bobonne est partie et je suis seule maintenant, toute seule !         

13:36 Écrit par Loulou | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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